Publié : 6 février 2014
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L’hymne de l’honneur

genre : nouvelle à chute

"Et c’est ainsi que s’acheva la vie d’Alfred Dreyfus, cet homme qui a fait tant de mal à la France."
Il n’était pas du tout d’accord avec ce que venait de leur raconter le professeur d’histoire. En effet, son père avait "bataillé" pour la défense et la libération de ce Monsieur Dreyfus ! Mais, alors qu’il s’apprêtait à prendre la parole afin de protester, la cloche retentit, annonçant la fin de la semaine. Leur professeur les somma de réviser leurs cours. Mais il n’en prit pas note et fut le premier à sortir de la classe, agacé et vexé. Il entendit à peine l’enseignant leur demander de réfléchir aux études qu’ils envisageaient de suivre. De toute façon, il savait parfaitement ce qu’il voulait. Et ce, depuis son plus jeune âge.

De retour chez lui, il se précipita immédiatement dans sa chambre, ce qui lui valut les représailles de ses parents, qui tenaient avant tout au respect et à la politesse. Une fois seul, après le dîner, il s’installa confortablement sur son lit et se mit à rêver. Il s’imaginait déjà chef de la cavalerie ou bien grand-amiral. Mais ses parents approuveraient-ils son choix ? Il en doutait. Et c’est pour cette raison qu’il n’osait pas évoquer le sujet avec eux, de peur de les décevoir et d’essuyer un refus catégorique.

Le lendemain, Jeanne laissa son fils dormir, ce qui n’était pas dans les habitudes de famille. Mais ce jour-là était un jour particulièrement important. Nous étions le samedi 22 novembre, ce qui signifiait que son petit garçon était devenu désormais un jeune homme, responsable et capable de prendre des décisions seul. Lorsqu’il se leva, quelle surprise il eut ! Sa famille était réunie au complet dans le grand salon. Il embrassa cérémonieusement un par un tous les membres de cette nombreuse lignée et répondit à toutes leurs questions avec un enthousiasme débordant.
Comme tous les matins, il demanda à son père la lecture des nouvelles du journal, mais celui-ci lui répondit qu’il n’avait pas à s’occuper des affaires d’État le jour de son anniversaire. Vers treize heures, toute la famille passa à table. Tout le monde étant d’appétit, on goûta goulûment à chaque mets. Quant aux discussions, elles tournèrent rapidement sur les sujets de politique : une nouvelle guerre se préparait en Europe !

Le soir venu, la famille se retira, après ces brèves et belles retrouvailles. Le jeune homme et ses parents se réunirent autour de la grande table, qui leur sembla maintenant bien vide.
Tu as quatorze ans maintenant. Ta mère et moi avons convenu qu’il était temps de se concerter au sujet de ton avenir, lui annonça son père.
Son cœur s’emballa et l’appréhension noua son ventre. Prenant son courage à deux mains, il leur apprit enfin que, depuis plusieurs années, il avait bien réfléchi à ce sujet et qu’il souhaitait s’engager dans l’armée, afin de servir la France. A sa grade surprise, son père décréta que c’était une excellente nouvelle et que cela remplirait la famille d’honneur. Sa mère, elle, se retira de la discussion, inquiète de l’avenir militaire de son fils, maintenant qu’une future guerre s’annonçait.

Il ne revint pas dans son école et s’entraîna du mieux qu’il le put, afin de réussir le concours d’entrée à l’école militaire de Saint-Cyr et de remplir de joie le cœur de son père.
Un beau matin, ce dernier décida qu’il était fin prêt et l’emmena à l’imposant établissement afin de démontrer ses compétences.
Pendant l’attente pénible des résultats, son père le prit par les bras et lui dit, le ton grave :
Sache que, quelle que soit la suite de tes études, il faudra toujours que tu écoutes ton cœur avant tout. Rappelle-toi, il y a quelques années, lorsque j’ai plaidé la cause d’Alfred Dreyfus. Je n’ai écouté que mon cœur et ma conscience. Je veux que toute ta vie, tu agisses noblement et avec patriotisme. Souviens-toi de cela, mon fils !
Un responsable de la prestigieuse école militaire s’approcha enfin,
Monsieur De Gaulle ! Je suis sous lieutenant et je m’occupe des entrées dans notre école. J’ai ainsi l’honneur de vous annoncer que votre fils a brillamment réussi le concours et qu’il est le bienvenu parmi nous ! Monsieur Charles De Gaule, si vous voulez bien me suivre, nous allons procéder à l’écoute de l’hymne National avec vos camarades, afin de célébrer vos entrées dans notre prestigieuse école.
Pauline, 3ème 4