Publié : 6 février 2014
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Le Carnet

genre : nouvelle à chute

Le Carnet

Il s’agit de l’histoire d’un petit garçon âgé de douze ans qui s’appelait Juju. Le pauvre garçon habitait dans une modeste maison située dans le bas du village avec sa mère, son père et une cousine qui leur servait de bonne. Ils venaient de la campagne, son père était fils d’un paysan et sa mère était une paysanne rustre qui ne manifestait aucune tendresse à l’égard de son fils. Juju était le premier enfant de cette union.

Très tôt, Juju eut l’impression d’être fort différent des autres enfants. Il était rondouillard, curieux et plein de vie. Mais dès que ses copains parlaient de leur mère, il devenait pâle et on pouvait lire sur son visage une grande tristesse .Tout petit, il n’eut aucune tendresse ni aucune caresse car chez lui il était interdit de gâter les enfants .Chez lui, personne n’osait rire, sa mère pestait toujours contre quelque chose ou quelqu’un.

En allant au collège, il prit l’habitude de s’arrêter chez le boulanger pour contempler le grand four tout rouge et sentir la croûte et la braise. C’est là qu’il rencontra le grand Ludo, un gaillard robuste et sûr de lui. Ils firent connaissance et ne se quittèrent plus. Un jour, Ludo l’emmena chez lui et le présenta à son père : le geôlier de la prison du village, ainsi qu’à sa mère Louise.

Juju fut surpris par l’accueil qu’elle lui réserva. Louise le prit dans ses bras et le serra contre elle, elle lui tapota le visage et lui fit une petite caresse dans les cheveux. Juju resta planté là, ne voulant plus quitter cette maison tellement plus chaleureuse que la sienne. C’était la première fois, qu’il recevait un peu de tendresse. Louise sortit la boîte à biscuits et pria Juju de se servir. Il hésita, puis prit deux madeleines. Avant de partir, Louise lui remplit les poches de douceurs et Ludo lui fit cadeau d’une de ses boîtes de chocolat qu’il avait reçues à Noël. Juju remercia le ciel d’avoir croisé cette famille fabuleuse qu’il admirait tant. Il jura qu’il ferait tout pour ne pas les décevoir.

Ce jour-là, Juju prit des libertés et rentra plus tard que d’habitude. Lorsqu’il franchit la grille, le chien se mit à aboyer comme pour prévenir sa maîtresse. Furieuse, la mère de Juju sortit de la maison, en tenant un martinet. Lorsque Juju l’aperçut, il se mit à courir à toute vitesse pour lui échapper, sachant ce qui l’attendait .Il prit ses jambes à son cou, traversa la cour, se cacha derrière le poulailler mais sa mère épuisée lâcha le chien qui avait pour mission de le sortir de sa cachette. Juju résista pendant une courte durée, appela à l’aide mais personne ne vint à son secours. A bout de forces, il capitula, sa mère le saisit brutalement et le plaqua au sol, son genou droit posé sur lui pour le maintenir. Elle le fouetta de toutes ses forces :« Vlin ! Vlan ! Zon ! Zon ! » La voisine entendit les gémissements et les cris du garçon ainsi que le claquement du martinet sur le corps de la victime. Elle voulut s’interposer mais le chien lui mordit le mollet gauche lorsqu’elle s’approcha de la grille.

Alors, elle y renonça et appela à l’aide. C’est alors que le père de Ludo qui passait par là entendit les appels au secours de la voisine. Il pénétra dans le jardin, arracha le martinet des mains de la maltraitante et aida la victime à se relever. Il menaça la mère de la dénoncer aux autorités, puis il emmena Juju chez lui.

Les voisins qui étaient restés jusqu’alors silencieux sortirent de leur mutisme pour témoigner en faveur de l’enfant. Ils en voulaient tous aux parents de Juju, mais n’avaient jamais eu la force d’intervenir. Maintenant, ils se sentaient plus forts et déterminés à protéger l’enfant. Ils s’étaient laissé avoir par la mère de Juju qui régulièrement présentait son fils comme un petit filou capable de faire toutes les bêtises possibles. A qui voulait la croire, elle le rendait responsable de tous ses malheurs. Dans le voisinage on avait fini par la croire et ne plus s’apitoyer sur le sort du petit garçon.

Les parents de Juju acceptèrent de le laisser chez les parents de Ludo pour éviter d’avoir des comptes à rendre à la justice. Louise le remit sur pieds en soignant les plaies laissées par le martinet qui le faisaient tant souffrir.

Juju s’installa chez Ludo et repartit à l’école après plusieurs semaines d’absence.
Juju était transformé par les attentions dont il bénéficiait. Il travaillait beaucoup et s’intéressait à tout. Il n’avait plus la corvée de nourrir les poules ni de confectionner des boules de son pour gaver les oies. Les parents de Ludo qui souhaitaient depuis longtemps un second fils étaient comblés. Juju ne voulut plus revoir sa mère malgré les demandes de Louise. Il imagina un autre parcours pour se rendre à l’école afin de ne point passer devant la maison où il avait tant souffert. Il eut tant de fois envie d’y mettre le feu pour ne plus la voir. Lors du premier Noël passé en compagnie de sa nouvelle famille, Juju reçut en cadeau un coffret contenant un petit carnet, des feuilles ainsi qu’une plume et un encrier. Il était fou de joie. Depuis toujours il prenait des notes qu’il griffonnait sur un carnet sale trouvé dans le grenier. Sa mère pensait qu’il gaspillait son temps et profita d’un jour où il était parti à l’école pour le brûler dans la cheminée.

De nouveau, il se mit à écrire, il notait tout sur son précieux petit carnet qui ne le quittait jamais. Très tôt son petit carnet ne lui suffit plus, Louise lui acheta un grand cahier pour son anniversaire, ce qui irrita Ludo car Juju allait lui consacrer encore moins de temps, lui qui avait besoin d’un frère pour jouer.

Un soir, Louise découvrit dans le journal du soir un concours d’écriture et pensa que cela pouvait intéresser Juju. Lorsque le petit garçon prit connaissance de ce qu’il fallait, il alla trouver son maître et lui montra l’article. M. Viel aimait les défis et décida de présenter quelques uns de ses élèves à ce concours. Juju en faisait partie car son maître avait noté chez lui un certain talent pour l’écriture. Il prenait toujours beaucoup de temps pour lire les belles rédactions qu’il lui rendait et le félicitait régulièrement pour son style.
Juju n’eut aucun mal à faire ce concours, les jours passèrent et Juju reprit son cahier et ses jeux avec Ludo. Parfois, il lisait le journal du soir, espérant trouver un article sur le concours.

Un soir Ludo quitta la classe et trouva Louise à la sortie, il se demanda ce qui se passait.
Louise tenait à la maison deux sachets de friandises, un pour Juju et un autre pour Ludo son fils. Juju trouva étrange la présence de Louise, la mère de Ludo le prit dans ses bras et lui dit :
« Mon pauvre Juju, tu dois aller voir ton père, il a beaucoup de chagrin et regrette de ne pas t’avoir assez soutenu. »

Juju se mit à courir, rien ne pouvait l’arrêter, il traversa le village et descendit à toute allure la colline. Il alla se cacher dans une grotte qu’il connaissait bien près de la rivière. Il entendit les villageois qui l’appelaient mais décida de rester dans la grotte plutôt que retourner dans sa famille. Il resta dans l’obscurité à pleurer tout en se rappelant les corvées qui l’attendaient chaque fois qu’il rentrait de l’école et les trois fessées quotidiennes que lui infligeait sa mère. Il voulait mourir et disparaître. Louise, inquiète, alla trouver M. Viel pour poursuivre les recherches car il connaissait tous les recoins du village. Le maître avait une voix qui ne ressemblait à aucune autre ; Dès que Juju entendit sa voix, il sécha ses larmes mais resta dans la grotte. Le maître s’approcha de l’entrée et lui dit :
 « J’ai une lettre pour toi, Juju, tu es le seul élève de la classe à l’avoir reçue ! »
Juju pensa aussitôt au concours et bondit hors de la grotte et se dirigea vers M. Viel. Devant tous les villageois, Juju ouvrit la lettre et hurla :
 « C’est le directeur du journal du soir ! »
Juju venait de remporter le concours, il devait se rendre à Paris avec M. Viel pour recevoir une récompense. Le mois suivant, ils prirent le train et se rendirent à l’adresse indiquée :« 9 faubourg saint Honoré. »

Ils pénétrèrent dans un hôtel particulier très chic. Ils attendirent un instant dans un petit salon. Puis un grand monsieur richement vêtu vint les chercher pour les conduire dans un immense salon où se trouvaient d’autres personnes bien habillées. Un instant plus tard,
le directeur arriva et s’adressa au public :
« Mesdames et Messieurs c’est un grand jour pour notre journal car nous accueillons le lauréat du concours et son maître ».
Il s’approcha de Juju et lui dit :
« Félicitations mon garçon ! Vous avez du talent, notre journal a décidé de vous publier ; par contre nous avons décidé de vous attribuer un pseudonyme : Jules Vallès. »

Julie, 3ème 4