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Publié : 17 novembre 2011
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Une promenade pédagogique dans la rue Petites Eaux de Robec


Le thème du "paysage", en histoire des arts, est vaste et possède de nombreux aspects. C’est pourquoi, sous une chaleur écrasante nous sommes allés suivre le cours du Robec, cours d’eau célèbre de Rouen. Nous avons ainsi pu découvrir un paysage industriel des XVIIIème et XIXème siècle tel qu’il existait déjà il y a deux cents ans. Le Robec {JPEG} Le long de ce cours d’eau, dont la partie urbaine a été déviée il y a de cela soixante-dix ans, nous avons pu voir d’anciennes teintureries et moulins, qui ont fait la richesse et la renommée du Rouen d’antan.


Venez découvrir, au fil des images et de nos commentaires, cet espace qui n’a pas changé depuis des décennies.


(par Léa Legad & Camille Queguiner)


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Lors de cette sortie, nous avons visité différents lieux, le premier d’entre eux étant la rue des Anciens Moulins de Rouen, qui se situe entre la rue de la République et la rue Damiette. Ce lieu peu connu des Rouennais pourtant situé en plein centre de la ville est caché derrière une grande bâtisse. Il nous rappelle une partie de l’histoire de Rouen. Cette rue était autrefois occupée par le Robec, dévié avant la guerre du fait de son insalubrité. Se trouvent aussi dans cette rue les restes d’un moulin, comme nous pouvons le constater sur la photo ci-dessous. Axe roue "Ancien Moulin" (passage des anciens moulins-Rouen) {JPEG} Ce moulin était un des lieux d’entreposage du blé de la ville ce qui rendait cette rue en quelque sorte importante ; c’est désormais un endroit peu fréquenté, et malheureusement, désolé de la ville qui a perdu son éclat d’antan.


(par Elise Marrec & Marie Rigaudeau)


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Le Robec eut un rôle économique important dans la ville de Rouen vers le Xème siècle. Les moulins se sont localisés sur ces rives pour produire de l’énergie hydraulique nécessaire à la fabrication de farine, de levure, de teinture... Jusqu’au XXème siècle, le Robec a fourni la force motrice indispensable au fonctionnement des meules destinées à moudre le grain, à l’action de broyer les écorces de chêne pour produire la poudre de tan (pour tanner les peaux) et les plantes pour la teinture. Les moulins arrêtèrent de fonctionner les uns après les autres avec l’avènement de la machine à vapeur.


(par Camille Hilaire & Sarah Sadiki)


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La teinturerie Pavie se situe le long du Robec. En effet, le Robec est un élément important pour cette teinturerie : l’eau du Robec permettait de préparer les bains de teinture pour les peaux. Ensuite, elle permettait aussi à la teinturerie de déverser et d’évacuer ses eaux usées.
Cette teinturerie avait une architecture particulière, avec des arcs voûtés près des toits pour permettre aux peaux de sécher et donc de fixer la teinture. Les salles situées au dernier étage s’appelaient les « étentes ».
Aujourd’hui, on ne peut plus voir ces arcs comme ils étaient à l’origine car ils ont été comblé, et des fenêtres ont été construites pour pouvoir créer des logements.
Teinturerie Pavie (détail) {JPEG}
Cette teinturerie date de la fin du XVIIIè siècle.
Les murs de briques montrent que le bâtiment n’a pas été construit pour son esthétique mais pour son utilité, la brique n’étant pas un matériau noble.
Teinturerie Pavie {JPEG}
Le bâtiment est muni d’une cheminée qui servait vraisemblablement à réchauffer les étentes pour accélérer le séchage des peaux.


(par Clara Levillain & Valentin Artino)


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La teinturerie Auvray est située 3 rue du Tour et 247-251 route de Darnétal. Teinturerie Auvray {JPEG} Les bâtiments ont été construits entre 1784 et 1787 par Jean-Baptiste Auvray, maitre-teinturier qui l’a exploité jusqu’en 1825. Cette teinturerie, située au bord de la rivière du robec était divisée en trois niveaux avec des salles de lavage, mordançage, teinture et séchage. Au cours du XIXe et XXe siècle, le bâtiment connaîtra plusieurs fonctions, établissement d’enseignement, logements résidentiels et restaurant. Maintes fois vandalisé, l’édifice au cours des années s’est dégradé de manière conséquente.


La grande maison de maître toute en briques rouges située sur la route de Darnétal possède cinq niveaux. Teinturerie Auvray {JPEG} Notons que le bâtiment d’exploitation et la maison de maître sont inscrits au titre des monuments historiques en 2001. Longtemps inoccupée, la teinturerie a fait l’objet depuis 2006 d’un important projet immobilier et foncier de réhabilitation financé par la commune et le département pour y implanter une nouvelle auberge de jeunesse. Teinturerie Auvray {JPEG} De nouveaux bâtiments contigus ont vu le jour. Elle a été inaugurée en avril 2009 par le maire Valérie Fourneyron et Laurent Fabius entre autres personnalités. Dans cette perspective juste devant l’édifice, une nouvelle station du TEOR a été créée pour la desservir, dotée en outre d’un parc de location de vélos. Enfin, sachez qu’avant 2006, la maison de maître abritait dans une cave une discothèque l’euro-club aujourd’hui disparue.


(par Elie Montreuil & Antoine Richard)


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Les techniques employées dans la teinturerie au XIXe siècle


La teinture est l’action pratiquée par les teinturiers pour faire absorber un colorant par un support. Ce colorant se mélange à la couleur initiale, au lieu de la recouvrir comme le ferait un pigment. Par exemple un tissu bleu plongé dans un bain de teinture jaune deviendra vert, par combinaison du bleu et du jaune. Une teinture nécessite un produit colorant, un fixateur et de l’eau. On retrouve les teintures en cosmétique pour les cheveux, en ameublement pour teinter les bois ou les textiles, en confection pour les vêtements, en maroquinerie pour le cuir, en peinture, etc.

Ici nous allons parler de la teinture végétale, car, bien évidemment, la teinture industrielle n’était pas encore présente à cette époque.


Depuis la nuit des temps, la couleur a fasciné l’homme. Les premières substances colorées qu’il utilise avec succès sont essentiellement constituées de charbon de bois ou de terres argileuses (dénommées aujourd’hui les "ocres"). L’homme les utilise pour s’en enduire le corps, se peindre ou également en protection sur la peau sous certains cieux. Les traces dont les experts sont sûrs demeurent les compositions pariétales de grottes comme Lascaux ou Altamira, vers 13000 av. J.-C., à partir d’oxydes minéraux à base de fer ou de manganèse contenu dans les terres.

Jusqu’au XIXème siècle, les colorants utilisés sont tout au plus une quinzaine, tous extraits de produits naturels et souvent d’origine végétale. Prenons quelques exemples :


Le rouge est extrait de la racine rampante de la rubia tinctorum :


Rubia sp {JPEG}

Rubia tinctourum

Racines {JPEG}

Racine rampante de la rubiatinctorum arrivée à maturation

 

 
Le bleu provient de l’indigofera : Indigo {JPEG} ou de l’isatis tinctoria : Isatis {JPEG}


 


 

Le jaune du reseda luteola :
Reseda lutea {JPEG}
D’autres colorants sont d’origine animale, comme la couleur pourpre extraite d’un mollusque, le murex :
Murex {JPEG}
ou le carmin obtenu à partir d’un insecte, la cochenille :
Cochenille {JPEG}
D’autres couleurs sont issues de matériaux d’origine minérale, tel le lapis-lazuli :
Lapis lazuli {JPEG}
D’autres encore de matériaux d’origine organique comme les noirs issus du charbon :
Charbon (Anthracite) {JPEG}
Les fibres

Les matières utilisées par nos ancêtres dépendaient de leur implantation géographique. Ainsi, la plupart des hommes ont commencé à utiliser les fibres qu’ils pouvaient glaner sur le sol qu’ils traversaient : des fibres végétales, animales.


Les fibres animales, comme :

- la laine : c’est la fibre la plus courante dans tous les pays. Les animaux couverts de poils ont tous permis de confectionner des tissus. Les plus utilisés furent : le mouton, la chèvre mais aussi suivant la situation géographique le chameau, l’alpaga, le lama, le yack, le castor, le lapin (angora), la loutre, le buffle, le bison...
Mouton {JPEG}
- la soie (à ce propos, relevons que la Chine gardera le secret de sa fabrication pendant plusieurs siècles, la divulgation de ce secret étant puni de mort ; l’Europe ne pourra se procurer le textile qu’à prix d’or. La soie restera synonyme de richesse pendant longtemps. La légende dit que la découverte de son principe est due à un hasard et à une jeune princesse chinoise qui prenait son thé sous un mûrier. Un cocon de Bombyx (qui se nourrit exclusivement de feuilles de mûriers) échoue dans sa tasse. Voulant le retirer, elle s’aperçoit que le cocon se dévide en un fil très fin...).
Cocon de Ver à soie {JPEG}


Ebouillantage {PNG}

ci-dessus, l’ébouillantage des cocons


Les fibres végétales, comme :

- le lin (linum usitatissinum) : c’est l’une des fibres végétales les plus usitées. D’abord récolté à l’état sauvage, le lin sera un des premiers végétaux cultivés (mais aussi pour la nourriture du bétail et son huile).Sa culture commence en Iran et Irak, 5 000 ans avant J.C., et se généralise dans toute l’Europe. Il est symbole de pureté.
- le chanvre (cannabis sativa) : vient de l’Europe de l’Est mais au 1er millénaire avant J.C., il est connu dans toute l’Europe. Sa fibre est solide ; on en tirera des textiles robustes nécessaires à la navigation.
- l’ortie (urtica dioïca) : les premiers textiles faits en fibres d’ortie viennent de la Scandinavie, d’Europe centrale et d’Europe de l’Est.
- le coton (gossypium) : contrairement à une idée reçue, le coton ne vient pas d’Amérique, et il est bien connu avant 1492. Il est cultivé et travaillé en Inde 1200 ans avant J.C. et se fera connaître en Europe au XIème siècle par les échanges entre monde musulman et monde latin. Cette fibre sera toujours synonyme de douceur.


Le jute , le sisal, l’agave, le yucca, l’abaca, les écorces de cèdre, de saule, de tilleul, de bouleau... ont eux aussi contribué à la fabrication de textiles anciens. Ces fibres ont été employées pour confectionner des cordages et tissus solides mais grossiers.


Le filage

Quels que soient le matériel et les matériaux utilisés, la technique reste la même : tirer la fibre et l’enrouler sur elle-même. Cette torsion va donner à ce fil une certaine résistance.
Tirage {JPEG}

ci-dessus,le tirage manuel de la fibre


La teinture

La teinture intervient avant le tissage pour permettre l’utilisation de fils de couleurs différentes. On distingue trois techniques : à froid, à chaud ou par fermentation. Les deux premières nécessitent généralement un mordançage, c’est-à-dire que les fibres sont préparées dans une solution d’alun ou de sels métalliques, opération qui permet de fixer la couleur. Elles sont ensuite chauffées dans une décoction de plantes tinctoriales (garance, gaude, écorces…). Certaines couleurs ne pouvaient s’obtenir que par fermentation, c’est le cas du bleu que donnent les feuilles de pastel. La teinture se faisait à froid après plusieurs jours voire plusieurs mois de macération.
Ouvriers {JPEG}

teinturiers procédant au mordançage avec une technique de teinture à chaud

Les teinturiers versaient souvent leurs eaux sales, après avoir effectué la teinture, dans les fleuves ou petits cours d’eau, ce qui rendait ceux-ci colorés selon la couleur présente dans les eaux.
La rue Eau de Robec doit ainsi son nom à la rivière « Le Robec », qui avait attiré les artisans drapiers et teinturiers qui exerçaient tout le long de son cours.
La rue Eau de Robec {JPEG}
La rue était pittoresque avec ses innombrables passerelles qui desservaient chaque maison et l’eau du Robec qui changeait de couleur plusieurs fois par jour. Flaubert dans Madame Bovary qualifiait ce quartier d’ « ignoble petite Venise ».


(par Rilès Kacimi & Florian Molina)


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Le Moulin de la Pannevert est l’un des plus anciens du Robec. Moulin de la Pannevert {JPEG} Son existence est attestée en 1199 par la Coutume des Moulins de Rouen. C’est un moulin à eau, situé sur la rivière du Robec à l’est de Rouen, près de Darnétal, en Seine Maritime (76). Il possède un imposant mécanisme interne en fonte du XIX siècle, assemblage de roues et d’ engrenages qui actionnait une paire de meules pour broyer des grains. C’est au milieu du XIXe siècle que les deux bâtiments dessinés par Jacques Le Lieur furent réunis sous un toit commun comme aujourd’hui. Il se situait à proximité de la Chartreuse de la Rose, dont une porte s’ouvrait de l’autre côté du Robec. La roue actuelle a été installée entre 1877 et 1881 ; au début du XXe siècle, une cage en bois la protégeait de l’alternance eau, soleil. Elle est actuellement en cours de rénovation. En piteux état, elle n’avait plus de pales, et ses vannages étaient inexistants... Moulin de la Pannevert {JPEG} Elle est l’un des points culminants de la promenade de la vallée des Petites-Eaux.


(par Prisca Bouillé & Gwladys Dautresme, Barthélémy Monchy & Wilfrid Deveusère)

Enfin, pour achever notre promenade pédagogique, un petit poème inspiré par le murmure du ruisseau le long de la rue Eau de Robec.

La rue Eau de Robec :

Cette rue piétonne aux pavés chatoyants luisant au petit matin,

Aux oiseaux chantant le normand et buvant un verre de cidre lors du lever du soleil

Guidant la petite rivière artificielle du nom de Robec

Rien de tel pour nous accompagner qu’une bonne tartine de Neuchâtel,

Sous l’odeur apaisante des draps au parfum fleuri.

Au fil des heures nous pouvions constater des variances de couleurs

Tout au long de ce petit ruisseau, qui longeait cette rue.

Puis au fil des saisons, en hiver rien ne vaut un bon camembert

Au printemps tout devient apaisant

En été c’est de toute beauté

En automne, rien n’apparaît comme monotone


(par Elise Marrec & Camille Queguiner)

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